[MSN] Roumanie : halte au pillage des sites archeologiques,

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Thu Oct 11 08:05:00 CEST 2007


Roumanie : halte au pillage des sites archéologiques !
Traduit par ramona Delcea
Mise en ligne : lundi 8 octobre 2007
Sur la Toile

Images:
http://balkans.courriers.info/article8901.html


Qui a volé les bracelets daces et les pièces d’or de la Chersonèse taurique
découverts en Roumanie ? Le pillage des sites archéologiques est en pleine
expansion ces dernières années, malgré la répression des autorités
roumaines. Mais protéger le patrimoine national veut aussi dire imposer
certaines normes aux entreprises étrangères. En attendant, la société
canadienne Rosia Montana Gold Corporation souhaite construire une mine d’or
sur un site archéologique antique.

Par Bogdan Ciubuc


Les ruines de Sarmizegetusa
Le scandale des bracelets daces volés fait ressortir la question du trafic
d’objets archéologiques. La valeur des objets disparus est déjà très élevée
: après le vol de trois ensembles de pièces de monnaies d’une valeur totale
de 2,8 millions d’euros, les autorités ont dû faire face au vol de bracelets
daces d’une valeur de 350 000 euros.

Ironiquement, l’archéologie devient un sujet couvert par la presse seulement
si quelques objets trouvés sur un site célèbre sont détruits ou volés. Par
exemple, la presse ne s’est pas intéressée à une découverte spectaculaire
mis à jour à Sarmisegetuza par le directeur du Musée National d’histoire de
la Transylvanie, Ioan Piso : le Capitole de Jupiter, le temple le plus
important de la province romaine de Dacie dédié à un dieu romain. En
revanche, la presse a fait ses choux gras pendant des jours et des jours du
scandale du vol des bracelets daces. Pourtant personne ne semble se
questionner sur un sujet sérieux : dans quelle mesure nos sites
archéologiques sont-ils menacés ? Combien on vole d’objets, qu’est-ce qu’on
vole et surtout pourquoi ? Les choses sont-elles sous contrôle, ou bien nous
trouvons-nous dans la même situation que la Bulgarie, où un archéologue très
connu a commencé à faire des fouilles à l’aide d’un excavateur, de crainte
que les voleurs ne le fassent avant.

L’Inspection général de la Police roumaine (IGP), affirme que la situation
actuelle est claire : « Nous assistons à une intensification des infractions
contre le patrimoine culturel national. Il est évident que sans une réaction
ferme de la part de toutes les institutions impliquées dans ce domaine, la
Roumanie pourrait devenir non seulement une source importante de trafic de
biens culturels, mais aussi une vraie plaque tournante du trafic
international d’œuvres d’art, d’antiquités ou de biens de culte. »

Selon une statistique de l’IGP, en 2006, environ 17 000 biens archéologiques
étaient recherchés hors des frontières de Roumanie, la plupart étant des
pièces de monnaies : des pièces romaines en argent (12 000 pièces), des
pièces d’or de Chersonèse taurique (2 440 pièces) et des monnaies d’or de
Lysimarque (2 700 pièces) [1]. A cela s’ajoutent les 6 bracelets daces
encore recherchés, la police en ayant déjà récupérée 9. [...]

En réponse, la police a commencé depuis déjà deux ans à affecter des
policiers sur des affaires concernant le patrimoine, et d’employer des
archéologues professionnels, des muséographes et des historiens. Ainsi,
Margareta Arsenaru, chargée de cours au département d’histoire de
l’Université de Bucarest, est en même temps collaboratrice de la police sur
des affaires liées à l’archéologie. Et ce n’est pas un cas isolé. Dans tout
le pays, 38 policiers travaillent au sein de structures spécialisées sur des
méfaits contre le patrimoine culturel, dont dix archéologues. « Au sein de
l’IGP, il y a huit personnes, dont une seule (moi-même) est employée comme
source extérieure, en dehors de l’appareil du Ministère de l’Intérieur. Les
sept autres sont des officiers d’investigation criminelle qui ont suivi des
cours spécialisés », affirme Margareta Arsenescu.

Les autorités reconnaissent que le problème du vol et de la destruction du
patrimoine culturel roumain représente un sujet sérieux. Ils ont pris
certaines mesures comme l’augmentation des peines pour l’utilisation sans
autorisation de détecteurs de métaux dans le périmètre des sites
archéologiques : de 2 à 7 ans de prison, même s’il n’y a pas eu de fouille.

« Le pillage est répandu dans certaines régions à forte concentration de
sites, comme le système de défense des cités des Montagnes Orastie »,
affirme Arsenescu. Il va de même pour les sites romains, les cités grecques,
romaines et romano-byzantines de la région de Tulcea et de Constanta, à
l’est du pays. De manière générale, les malfrats préfèrent faire des
fouilles dans le périmètre et autour des cités fortifiées, là où ils pensent
trouver les trésors. « Mais il s’agit d’une logique plutôt primaire »,
déclare le commissaire. « Un trésor n’est jamais enterré à l’intérieur d’un
lieu d’habitation ». D’ailleurs, il n’arrive presque jamais qu’un trésor
important soit découvert suite à des recherches archéologiques
systématiques. En général, on les trouve dans des endroits pas encore
repérés, trouvés par hasard, comme c’était le cas pour la « Poule aux
poussins en or » et les bracelets daces.

Les pillards travaillent en équipe et se serrent souvent des habitants
locaux comme guides. « Ce qui les intéressent, c’est notamment des pièces de
monnaies, des bijoux ou des armes et de l’équipement militaire », affirment
les représentants de l’IGP. Ces objets sont par la suite vendus sur les
marchés d’Europe de l’Ouest et dans d’autres pays, peu en Roumanie.

Le commissaire Arsenescu ajoute : « Le pillage n’est pas l’unique problème,
même si les voleurs abîment souvent les sites en faisant des fouilles sans
se soucier de ce qu’ils peuvent détruire, car ce qui les intéressent ce sont
les trésors, c’est tout. Il existe quatre autres catégories d’infractions
liées au patrimoine archéologique : le commerce illicite, la destruction de
monuments et le démantèlement des mûrs, car les pierres qui en sont
extraites sont utilisées par la suite par les habitants pour construire des
maisons. Les sites sont détruits en vue de bâtir des constructions nouvelles
sur les mêmes emplacements. Enfin, la non-déclaration de découvertes
aléatoires, dans le but de vendre les objets trouvés. »

« Bien évidemment, les plus spectaculaires sont les pillages des sites, mais
vous ne savez pas à quel point la construction d’habitations ou d’autres
bâtiments peut être néfaste. Par exemple, au mois de février, nous avons
assisté à la destruction d’un site célèbre, le complexe monacal de Slava
Rusa, à Tulcea, un édifice unique en Europe de Sud-Est. La personne en
charge de la construction détenait un permis de construire, mais à côté du
site. Il a voulu avoir plus de place pour faire demi-tour avec ses grues et
c’est ainsi qu’il a détruit ce site célèbre. Le problème c’est que ce site
protégé n’avait pas été signalé comme étant protégé. »

Selon les estimations du ministère de la culture, les dommages s’élèvent à
environ 200 000 euros, et les dommages culturels sont irréparables. De même,
nous avons assisté en 2005 à un autre événement malheureux dans le site
archéologique de Tomis, dans la Dobrogea : la destruction de 7 sites
funéraires ainsi que d’un four à céramique datant du IIème siècle. La cause
? Des constructions sans permis.

L’affaire des bracelets daces

Cependant, l’affaire la plus importante depuis les années 1990 est celle des
bracelets daces. Son importance tient son seulement à la valeur du
préjudice, les objets étant évalués à 1,5 millions d’euros, mais aussi à la
complexité de l’affaire. 13 inculpés sont en train d’être entendus à la
Cour, 36 autres personnes (regroupées en 17 dossiers) encourent des
poursuites pénales, avec des accusations qui vont de vol qualifié au
chantage et au proxénétisme.

Pour les archéologues, ces bracelets étaient un rêve. Seuls 30 objets en or
datant de la période d’apogée des Daces étaient connus jusque là. D’où le
paradoxe : comment est-il possible qu’une civilisation aussi forte et aussi
florissante, capable de résister aux Romains n’ait pas utilisé l’or ? Que
s’est-il passé ? Pourquoi ce manque quasi-total d’objets en or ? Y-a-t-il eu
une réforme religieuse ? Ou bien y-t-il eu une gigantesque tragédie, comme
ce qui est arrivé aux celtes qui habitaient le territoire actuel de la
Serbie ? Partis à la recherche de l’or, les Celtes ont attaqué le temple
d’Apollo de Delphes, où ils ont subi une terrible défaite devant les Grecs.
Suite à cet épisode, le précieux métal s’est transformé en métal maudit. Les
Daces, ont-ils vécu la même chose ? Quelle que soit la raison de ce manque,
les bracelets découverts représentent énormément pour les archéologues, ils
constituent un bout d’histoire qui permettrait de reconstruire l’histoire
d’une des plus grandes civilisations d’Europe de l’Est.

Parmi les objets disparus se trouvent également des bijoux en or, un collier
à 27 pendentifs trouvé en 2003 sur le site archéologique de Capalna, dans
les Montagnes du Sebes, six bracelets avec des spirale en or, découverts à
Sarmisegetuza-Regia, dans les Montagnes d’Orastie, dans le département de
Hunedoara. Ainsi de suite...


Un lac dans le site
de Rosia Montana
Multinationale contre ruines romaines

A part ces problèmes qui tiennent au pillage du patrimoine, l’archéologie
roumaine doit faire face à Rosia Montana. Mine d’or pour certains, mine de
problème pour d’autres, ce site alimente un débat permanent. Rosia Montana
est le projet de recherche le plus important réalisé en Roumanie, avec un
financement sur la période 2000-2007 qui s’élève à plus de 7 millions
d’euros, des fonds provenant de l’entreprise canadienne Rosia Montana Gold
Corporation. Cette société souhaite ouvrir à Rosia Montana une mine d’or et
d’argent, la plus grande d’Europe de l’Est. Le travail réalisé jusqu’à
présent a impliqué 60 archéologues roumains et étrangers, 20 ethnographes,
des architectes, des muséographes, des topographes, des experts en bases de
données qui ont réalisé des cartes en 3D de la région, des photos aériennes
et par satellite, des expositions et d’autres projets de ce type.

Beaucoup s’opposent pourtant à ce projet. Sans vouloir reprendre tout le
débat, nous rappelons les propos de Ioan Piso, directeur du Musée national
d’histoire de Transylvanie : « Il y a à Rosia Montana des centaines de
kilomètres de galeries romaines et médiévales encore inexplorées qui
risquent d’être détruites et ce, pour un profit de 3% pour l’État roumain.
En 2001 et 2002 seuls 2,5 hectares sur les 1100 estimés comme ayant une
valeur archéologique ont été explorés, ce qui représente que 0,2% de toute
la surface. »

Les implications sur l’environnement sont également importantes, mais le
débat est loin d’être fini.

[1] Les Grecs anciens appelaient la Crimée la Chersonèse taurique

http://balkans.courriers.info/



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